Ce blog est tel une ligne lancée sur la Toile, pour ceux qui ont perçu l'essentiel du Message de don Juan Matus.

"Para mi solo recorrer los caminos que tienen corazaon, cualquier camino que tenga corazon. Por ahi yo recorro, y la unica que vale es atravesar todo su largo. Y por ahi yo recorro mirando, mirando, sin aliento."



Le tempérament du guerrier

Don Juan emmène Castaneda sur un nouveau lieu de pouvoir, "là où des guerriers s'enterraient".
Il continue donc son nouvel enseignement envers lui, afin qu'il devienne un guerrier. Un guerrier qui peut devenir un homme de connaissance... Nous avons donc comme dans de nombreuses voies trois stades initiatiques : chasseur - guerrier - homme de connaissance.

"Tout guerrier peut devenir homme de connaissance. Je te l'ai déjà dit, un guerrier est un chasseur impeccable qui chasse le pouvoir. S'il réussit dans sa chasse, il peut devenir un homme de connaissance."

Dans ce nouveau chapitre du Voyage à Ixtlan, don Juan définit le tempérament du guerrier...

"Don Juan me dit qu'un guerrier construisait sa cage, puis s'y glissait pour la sceller de l'intérieur.
- Mais les animaux ? demandais-je. Ne peuvent-ils pas gratter la couche de terre, entrer dans la cage et mordre l'homme ?
- Non, ça ne préoccupe absolument pas un guerrier. Pour toi, c'est un soucis parce que tu n'as pas de pouvoir. Au contraire, un guerrier est guidé par son intention inflexible et peut détourner n'importe quoi. Pas un rat, pas un serpent, pas un puma ne peuvent le déranger."

"Il dit que j'étais un homme, et que comme tout homme j'avais droit à tout ce qui constituait le lot des hommes : la joie, la peine, la tristesse et le combat. La nature des actes personnels restait sans importance aussi longtemps que l'on agissait comme un guerrier.
Il déclara que si vraiment je croyais mon esprit gauchi, je n'avais qu'à le rectifier, le purger, le rendre parfait, car dans la vie tout entière il n'y avait pas une seule tâche qui soit plus digne d'être accomplie que celle-là. Ne pas amender son esprit était rechercher la mort, ce qui revenait à ne rien chercher du tout puisqu'en dépit de tout, la mort allait quand même nous emporter.
Chercher à atteindre la perfection de l'esprit du guerrier est la seule tâche digne de notre âge d'homme."

"Tu te sens comme une feuille à la merci du vent, n'est-ce pas ? dit-il ne me dévisageant.
C'était exactement ce que j'éprouvais. Il me comprenait parfaitement. Il ajouta que mon humeur lui rappelait une chanson et se mit à chanter à voix basse ; il chantait d'une voix très agréable, et ses paroles me subjuguèrent :
Qu'il est loin le ciel où je naquis.
Mes pensées sont noyées d'une immense nostalgie.
Maintenant, seul et triste comme une feuille dans le vent,
Je voudrais pleurer, je voudrais rire de désir.

D'une manière ou d'une autre, depuis le jour où tu es né, quelqu'un a fait quelque chose pour toi.
- C'est vrai.
- Et certaine chose contre ta volonté.
- Bien vrai.
- Et maintenant tu es faible, comme une feuille dans le vent.
- Exactement. C'est bien ça.
Je déclarai que les circonstances de ma vie avaient parfois eu des effets dévastateurs. Il me prêtait la plus grande attention, mais je n'arrivai pas à me figurer s'il était seulement gentil ou bien sil s'intéressait vraiment à moi. A un moment donné je vis qu'il se retenait de rire.
- Peu importe à quel point tu t'attristes sur ton sort, il faut que tu changes cela, déclara-t-il doucement. Ça ne va pas avec la vie d'un guerrier."

"Il éclata de rire puis reprit la chanson en modifiant l'intonation de certain mots. Il en résulta une lamentation ridicule. Il précisa que j'avais aimé cette chanson parce que dans ma vie je n'avais rien accompli d'autre que de chercher les défauts de tout et ensuite de me lamenter d'un tel état de choses. Je ne tentai pas de le contredire puisqu'il avait raison. Malgré cela je croyais bien pouvoir justifier mon impression d'être comme une feuille dans le vent.
- Ce qu'il y a de plus difficile au monde c'est d'assumer le tempérament d'un guerrier, reprit-il. Rien ne sert d'être triste, de se plaindre, et de se sentir parfaitement justifié, même de croire que quelqu'un nous fait toujours quelque chose. Personne ne fait rien à personne, encore moins à un guerrier.
Tu es là, avec moi, parce que tu veux être là. Maintenant tu devrais en assumer la pleine responsabilité. Et l'idée que tu es une une feuille à la merci du vent serait alors inadmissible.
Un guerrier s'enterre pour découvrir le pouvoir, non pour pleurer sur son sort. S'apitoyer sur son propre sort ne colle pas avec le pouvoir. Le tempérament d'un guerrier exige le contrôle de soi en même temps qu'un complet abandon de soi."

"Tout ce que tu as fait la nuit dernière a été accompli parfaitement. Au moment où tu as sauté de l'arbre pour saisir la cage et me rejoindre, tu t'es contrôlé et en même temps abandonné. La peur ne t'a pas paralysé. Et lorsque tu as entendu le cri du lion, presque au somment de l'éperon, tu as très bien réagi. Si tu voyais cette face de l'éperon en plein jour, tu n'en croirais pas tes yeux. Tu t'es abandonné jusqu'à un certain point et en même temps tu t'es contrôlé jusqu'à un certain point. Tu aurais pu sortir du sentier et te tuer. Grimper cette paroi dans le noir exigeait que tu te prennes à bras-le-corps et que tu te laisses aller tout en même temps. C'est ce que je nomme le tempérament du guerrier.
Je répliquai que j'avais tout accompli par peur et non du fait d'une quelconque attitude de contrôle et d'abandon.
- Je sais bien, dit-il en souriant. Et j'ai voulu te montrer qu'on peut se lancer au-delà de ses limites lorsqu'on a le tempérament approprié. Un guerrier crée son propre tempérament. Tu ignorais cela. La peur t'a poussé à adopter le tempérament du guerrier, mais maintenant que tu sais ce que c'est, n'importe quoi peut servir à t'y précipiter."

"Il est pratique d'agir toujours avec ce tempérament. Il tranche la merde et purifie. Tu t'es senti formidable lorsque tu es parvenu en haut de l'éperon. Pas vrai ?
Pour chacun de tous nos actes nous avons besoin du tempérament d'un guerrier dit-il. Sinon on se gauchit et on s'enlaidit. Une vie sans cette sorte de tempérament n'a pas de pouvoir. Regarde un peu ton cas. Tout t'irrite et t'enrage. Tu gémis, tu te plains et tu penses que chacun te fait danser au son de son violon. Tu es une feuille à la merci du vent. Dans ta vie il n'y a pas de pouvoir. Quelle horrible sensation ça doit être !
Au contraire, un guerrier est un chasseur. Il calcule tout. Ça, c'est le contrôle. Mais une fois tout calculé, il agit. Il se laisse aller. Ça, c'est l'abandon. Un guerrier n'est pas une feuille à la merci du vent. Personne ne peut le pousser. Personne ne peut rien lui faire accomplir contre lui-même ou contre son jugement réfléchi. Un guerrier est accordé à sa survie, et il survit au mieux de toutes les manières possibles."

"L'autre nuit tu n'as pas été scandalisé par le lion. Tu ne t'es pas mis en colère parce qu'il nous a poursuivis. Je ne t'ai pas entendu le maudire ou dire qu'il n'avait aucun droit de nous suivre. Ç'aurait pu être un lion cruel et malfaisant, d'après tout ce que tu en savais. Mais tu n'y pensais pas pendant que tu luttais pour lui échapper. La seule chose à faire était de survivre, et tu l'as très fait très bien.
Si tu avais été seul et si le lion t'avais rattrapé et déchiré à mort, tu n'aurais même pas songé à te plaindre ou à te sentir offensé par ce qu'il faisait.
Le tempérament d'un guerrier n'est pas si éloigné de ton monde ou de celui de n'importe qui. Tu en as besoin pour passer à travers toutes les niaiseries.
J'expliquai ma façon de voir. Le lion et mes semblables ne pouvaient être mis sur le même plan, parce que je connaissais les entourloupettes des hommes jusque dans le moindre détail alors que j'ignorais tout du lion. Ce qui me blessait chez mes semblables était qu'ils agissaient mal consciemment.
- Je sais, je sais, dit don Juan calmement. Acquérir le tempérament du guerrier n'est pas une petite affaire. C'est une révolution. Considérer le lion, les rats d'eau et nos semblables comme égaux, voilà l'acte magnifique de l'esprit du guerrier. Pour en arriver là, il faut du pouvoir."

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